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Députés : portraits d’une nouvelle génération

30 juin 2012 | Catégorie(s) : Archives député, J'aime bien, j'en parle

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Ils sont jeunes, novices, plutôt progressistes et font leur entrée à l’Assemblée nationale.

A chaque nouvelle élection législative, la photo de famille des députés provoque un léger frisson de honte. Une impression bizarre, anachronique, que l’Assemblée nationale, dans une sorte de remake de Mad Men version politique, reste figée dans les années 50 : masculine, blanche et relativement âgée.

Mais cette année, à la faveur d’un renouvellement important (sur 577 députés, 234 sont de nouveaux élus, contre 132 en 2007), l’Assemblée nationale a un visage plus moderne. 155 femmes y siégeront contre 107 il y a cinq ans, dont 106 socialistes. Un chiffre sans précédent mais encore éloigné de la parité puisque 422 hommes ont été élus. L’UMP arrive très loin derrière, avec 27 femmes sur 194 députés, et doit payer pour cette raison chaque année une amende de 4 millions d’euros. Parmi les 17 élus EELV, 9 sont des femmes. En termes de parité, la France est au 17e rang de l’Union européenne. Comme en 2007, la moyenne d’âge est de 54 ans et 8 mois. Par contre, les plus de 70 ans sont moins nombreux. Les quinquas et les quadras sont mieux représentés. Tout comme les députés issus de la diversité. Huit députés d’origine africaine, maghrébine, asiatique ou brésilienne rejoignent les élus d’outre-mer ou originaires de ces départements.

Ce fort renouvellement permet de faire émerger des nouveaux profils issus de la société civile : des intellectuels, des militants associatifs… Souvent de purs produits de l’école républicaine. Ils ont en commun une même ambition : réhabiliter la politique.

  • Razzi Hammadi PS, Seine-Saint- Denis

Pourquoi ? A 33 ans, Razzi Hammadi a pris sa revanche après sa défaite aux municipales de 2008 face au maire communiste d’Orly (Val-de-Marne). Parachuté au nom de la “diversité”, il avait pris une raclée – la quatrième place avec 13,3 % des voix. Cet espoir socialiste a dû ronger son frein. Avec ses quinze ans de militantisme, il aura à coeur de mettre en avant sa connaissance des dossiers. Mais une autre image colle aux basques de cet homme d’appareil : celle d’éléphanteau du PS.

CV politique Titulaire d’un DEA d’économie sur l’harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe, Razzi Hammadi, alors jeune militant associatif, entre en 1999 au Mouvement des jeunes socialistes. Sous le patronage de Benoît Hamon (dont il est très proche), il en devient le président en décembre 2005, au lendemain des émeutes des banlieues. Après sa défaite de 2008, il sera chargé du service public au secrétariat national du Parti socialiste. Il est un des tenants, avec Benoît Hamon, de son aile gauche.

Ses objectifs Ramener les couches populaires séduites par le FN dans le giron socialiste. Né à Toulon dans une famille modeste, d’un père algérien et d’une mère tunisienne, Razzi Hammadi a 16 ans lorsque le frontiste Jean-Marie Le Chevallier s’empare de la ville. Ce spécialiste des services publics espère intégrer la commission des Affaires économiques.

Eva Sas EELV, Essonne

Pourquoi ? A 41 ans, cette diplômée de l’Essec et titulaire d’une licence de philosophie est spécialiste de questions économiques et sociales. En 2010, elle publie Philosophie de l’écologie politique, de 68 à nos jours (Les Petits Matins). La copilote du projet économique et social 2012 d’Europe Ecologie-Les Verts est l’une des meilleures avocates de la transition écologique, seule idée nouvelle pour sauver la planète.

Parcours Née à Nice d’une mère rapatriée d’Algérie et d’un père d’origine polonaise, Eva Sas a grandi dans une cité ouvrière des Ardennes. Dans un premier temps tournée vers le monde de l’entreprise et de l’humanitaire – elle est associée dans un cabinet d’expertise économique auprès des organisations syndicales et des comités d’entreprises, elle entre en politique à 30 ans. Eva Sas est aujourd’hui membre du bureau exécutif d’Europe Ecologie- Les Verts.

Challenge Convertir les productivistes socialistes à la transition écologique.

  • Isabelle Attard EELV, Calvados

Pourquoi ? Parce que les élections législatives, c’est parfois magique. Inconnue au bataillon il y a un an, Isabelle Attard n’est pas du sérail. Cette chercheuse et directrice de musée était loin de s’imaginer siéger à l’Assemblée nationale lorsqu’elle a été investie par EELV. “Il y a six mois, je partais pour faire 5 %”, admet-elle. L’accord avec le PS en a fait la candidate de la gauche et elle a su se défaire d’un dissident socialiste. La division de l’UMP et du centre lui a permis d’être élue avec 50,7 % des voix et de faire passer à gauche une terre de droite.

Archéologie A 42 ans, cette ancienne directrice du musée de la Tapisserie, aujourd’hui aux commandes du musée du Débarquement de Utah Beach dans la Manche, a habité en Suède et en Laponie dans les années 90. En 1999, elle obtient un DEA d’archéologie environnementale à la Sorbonne et un doctorat en 2010. Elle a adhéré aux Verts en 2001. On y croit.

  • Seybah Dagoma PS, Paris

Pourquoi ? Parce que cette fille d’immigrés tchadiens de 34 ans a grandi à Sarcelles. Parce qu’elle a été élue à 70,10 % (3,5 points de plus que le score de Hollande dans sa circonscription). Parce qu’elle aurait pu faire une brillante carrière d’avocate spécialisée dans le droit des affaires et qu’elle a choisi la politique. Parce qu’elle est la seule femme originaire d’Afrique noire au Palais-Bourbon.

Parcours Diplômée de la Sorbonne et des Ponts et Chaussées, adjointe de Bertrand Delanoë chargée de l’économie sociale et solidaire, Seybah Dagoma s’est attachée à sauver entreprises et emplois. Elle est membre fondatrice du think tank Terra Nova et du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès.

Leitmotiv Ne veut pas être la Rama Yade de gauche. Pour preuve, elle a poliment décliné notre demande d’interview car “elle veut attendre de bien connaître ses dossiers”. Elle souhaiterait travailler dans la commission des Affaires européennes ou dans celle des Lois.

  • Eduardo Rihan Cypel PS, Seine-et- Marne

Pourquoi ? Parce qu’Eduardo Rihan Cypel a gardé un léger accent brésilien ultrasexy. Parce que cet homme politique s’est fait connaître pour son combat contre la politique d’immigration de la droite. Avec 52,77 %, il a ravi la 8e circonscription de Seineet- Marne à Chantal Brunel, en place depuis 2002. Souvenez-vous, la députée UMP proposait devant les caméras en mars 2011 de remettre les immigrés “dans des bateaux”.

Signes particuliers Ce représentant de la jeune garde socialiste est né au Brésil il y a 36 ans. Il arrive en France à 10 ans et grandit à Créteil. Ce diplômé de philosophie et de Sciences-Po aime parler de ses deux passions : le football et le jazz.

Parcours politique Eduardo Rihan Cypel rejoint le PS en 2004, est élu au conseil municipal de Torcy depuis 2008 et au conseil régional depuis 2010. En 2008, au congrès de Reims, il était du côté des vaincus, les partisans de Ségolène Royal. En juin 2011, il rallie François Hollande. Dans sa circonscription, il a su faire jouer à plein le label du nouveau président. Son mentor est le ministre de l’Education Vincent Peillon.

Ambition Ce professionnel de la politique, comme il se définit lui-même, entend dépoussiérer l’image des politiques et exister dans les médias.

  • Chaynesse Khirouni PS, Meurthe-et-Moselle

Pourquoi ? Parce qu’en plus d’une frange courte digne des indignados espagnols, Chaynesse Khirouni a un profil société civile. Cette fille d’ouvrier sidérurgiste algérien est issue de l’économie sociale et solidaire (qui a son ministère dans le gouvernement Ayrault sous l’égide de Benoît Hamon). Cette spécialiste de la microfinance est passée par le militantisme altermondialiste et antiraciste. Dans les années 90, elle s’engage dans une association de quartier qui oeuvre dans la lutte contre l’analphabétisme et l’illettrisme.

Fiche d’identité Le père de Chaynesse Khirouni, originaire de la région d’Annaba en Algérie, arrive en France à l’âge de 20 ans. Elle est née en 1968 à Douai. Ainée d’une famille de sept enfants, elle grandit à Woippy et Rombas en Moselle. Cette titulaire d’un DESS d’administration des entreprises et d’un DEA de sciences de gestion est responsable nationale d’une association de microcrédit qui permet d’assurer le financement des petites entreprises pour les exclus du système bancaire. Elle se lance en politique sur la liste du Parti socialiste aux élections municipales de 2008 à Nancy.

Dadas La réindustrialisation, l’égalité à l’école et les retrouvailles de la classe ouvrière et des immigrés avec le Parti socialiste.

  • Damien Abad NC, Ain

Pourquoi? Parce qu’à 32 ans, il est le seul représentant handicapé du Parlement. Damien Abad est atteint depuis sa naissance d’une maladie rare, l’arthrogrypose, qui bloque les articulations. Il y aurait 5 millions de personnes handicapées en France, dont 2 millions à mobilité réduite et 800 000 bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Le Nîmois se revendique d’ailleurs comme un “candidat de la diversité”.

Carte d’identité Ce petit-fils de mineur pratique la natation, le ski de fond, le tennis de table (classé avec les valides) ou encore le football. Diplômé de Sciences-Po Paris, il devient en mars 2006 chargé d’études sur les questions budgétaires et fiscales au groupe UDF puis au groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale. De 2008 à 2009, il est également maître de conférences en finances publiques à Sciences-Po Paris. Ancien président fondateur des jeunes centristes rattaché au Nouveau Centre, il est élu plus jeune député européen en 2009.

  • Pouria Amirshahi PS, Français de l’étranger (Afrique du Nord et de l’Ouest)

Pourquoi ? Pouria Amirshani n’est pas seulement d’origine iranienne mais aussi syndicaliste, travailleur social et journaliste de bande dessinée – il a été redacteur en chef de la revue Neuvième Art. Né en 1972 en Iran, il arrive en France à l’âge de 5 ans. Sa mère s’installe dans une cité HLM de Paris où il passe son enfance. Amirshahi plaidera à l’Assemblée nationale pour la réconciliation avec l’Algérie et pour le passeport culturel de la francophonie afin de permettre aux étudiants, chercheurs et artistes de faire des allers-retours entre leurs pays et la France.

Formation politique Amirshahi a été président de l’Unef-ID de 1994 à 1998, président de la Mnef de 1999 à 2000. En 2010, il devient secrétaire national socialiste à la coopération, à la francophonie, à l’aide au développement et aux droits de l’homme.

Une histoire de famille Sa mère a connu la torture du régime du Shah en tant que militante et opposante de gauche. Réfugiée à Paris, elle accueillera de prestigieux visiteurs, dont Jean-Paul Sartre, qui anime un comité de défense des prisonniers politiques. Le petit Amirshahi se souvient aussi d’avoir croisé Bernard Kouchner et Lionel Jospin dans leur petit salon.

Lire également cet article sur le site des Inrock

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