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Méditerranée: délocalisations ou coopérations?

11 octobre 2012 | Catégorie(s) : À l'Assemblée, Archives député, Idées / Actions | Thème(s) :

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En raison d’un déplacement anticipé à Dakar pour y accueillir le Président de la République vendredi, je n’ai pas pu prononcer moi-même cette intervention à la tribune de l’Assemblée nationale au cours de la discussion de la proposition de loi UMP relative aux centres d’appels. Je remercie chaleureusement mon collègue et ami Olivier Dussopt, Député d’Ardèche, qui a accepté de me remplacer au pied levé. Ci-dessous la vidéo de mon discours prononcé par Olivier Dussopt.

«Madame la Présidente,

Mes chers collègues,

Monsieur Le Fur,

Vous le dites vous-même, votre proposition de loi vise à ouvrir un débat sur les délocalisations des services. Quelle drôle d’utilisation de la Loi, Monsieur le Fur. Car celle-ci n’est-elle pas plus vertueuse quand elle vient au terme d’un débat parlementaire et citoyen et non à son commencement ? Mais, puisque vous souhaitez un débat, dont acte. Dès lors vous me pardonnerez, j’en suis certain, de ne pas m’arrêter sur les seuls centres d’appels, mais de replacer ce débat dans une vision un peu plus globale et, pour tout dire, stratégique.

Il est entendu que nous ne parlons pas aujourd’hui des implantations d’unités nouvelles de nos entreprises à l’étranger et qui se font sans transfert d’activité ; elles sont en général dans ces cas-là encouragées par la réussite de leurs exportations dans certains pays ou porteuses de prestations adaptées aux besoins des populations. Ce dont nous parlons ce sont bien des délocalisations, c’est-à-dire d’emplois perdus en France et recrées dans d’autres pays.

Parmi les délocalisations auxquelles nous sommes confrontés, je distinguerai trois zones ou trois catégories, qui, toutes, nous posent questions.

  • En premier lieu, nos débats européens le montrent, la France est confrontée à des délocalisations au sein même de l’Union européenne. Concrètement, des entreprises quittent la France pour aller en Écosse ou en en Pologne, car au sein même de l’Union européenne, les États membres – qui avaient pourtant décidé d’unir leurs destins économiques – pratiquent entre eux une concurrence sociale et fiscale destructrice. Face à cette dérive, nous devrons réussir le pari d’une Europe solidaire pour laquelle la France plaide de nouveau.
  • Deuxièmement, certaines entreprises installent leurs sites de production ou d’activité dans les pays émergents d’Amérique latine ou d’Asie, tentées par leur potentiel de consommateurs autant que par un prix du travail moins cher. Dans ce domaine, nous pouvons à l’échelle européenne déployer une stratégie de relocalisation, à l’instar de la stratégie brésilienne de taxation sur les importations. C’est ainsi qu’au Brésil l’entreprise Foxconn, un géant de l’assemblage, a préféré installer une usine malgré des coûts de production supérieurs à ceux de la Chine. Par des écluses tarifaires ciblées, l’Europe peut se protéger et protéger ses salariés. J’ajoute que de nombreux exemples montrent les limites des stratégies de délocalisations : limites en termes de qualité de production et de sécurité au travail ; limite aussi du fait du coût important des frais de transport de marchandises produites ailleurs mais réimportées chez nous. C’est donc aussi un enjeu écologique et social.
  • Enfin, il y a l’enjeu méditerranéen. Vous estimez vous-même à 60.000 le nombre d’emplois délocalisés, principalement au Maghreb. Vous savez aussi que d’autres secteurs sont concernés, je pense en particulier au secteur automobile.

Cette « concurrence » est d’autant plus nuisible qu’elle génère des rancœurs des deux côtés de la Méditerranée et, tandis que l’Europe se crispe du fait de sa crise, le Maghreb se tourne vers d’autres partenaires, vivant très mal qu’au fond, on lui fasse le procès de s’industrialiser et de se développer économiquement. Or, Monsieur le Fur, nos amis du Maghreb en ont le droit ; et nous devons même les aider dans cette stratégie ! Car il en va aussi de notre intérêt. Je m’en explique. Si d’un côté le Maghreb éprouve un réel besoin de développer son appareil productif, les Français sont soucieux de préserver les emplois industriels et de services de l’Hexagone. Nous avons dès lors deux solutions : nous tourner le dos… ou nous tendre la main.

Je veux plaider ici pour une stratégie concertée de multi-localisation des emplois sur le pourtour méditerranéen et de développement partagé. Opposer emplois en France et emplois au Maghreb est une erreur. Avons-nous un modèle ? Oui, à l’Est. Au lendemain de la Chute du Mur Berlin, la Hongrie, la Pologne, l’Allemagne, la République tchèque et d’autres ont réussi à créer une dynamique d’intégration économique. Au lendemain des Printemps arabes, nous devons nous allier avec nos amis du Sud.

La rive Sud de la Méditerranée a besoin d’investissement, et à la fois elle représente un débouché avec un fort potentiel pour nos entreprises. L’objectif est de parvenir à un partage intelligent de la valeur ajoutée au bénéfice de nos économies. Ce qui est parfaitement possible. À mon sens, cela doit même constituer un axe central du grand projet méditerranéen !

Lors de nos récents déplacements au Maroc et en Algérie, Madame la Ministre Nicole Bricq et moi-même avons plaidé en faveur de la colocalisation avec nos partenaires méditerranéens. Il nous faut impulser un nouvel élan permettant à nos entreprises de réussir là-bas et aux entreprises du Sud de réussir en France. Les autorités politiques du Maghreb souhaitent diversifier l’économie pour créer des emplois. Nous devons être prêts à y contribuer. Il y a la place dans nos économies pour la complémentarité !

Les centres d’appels en France, c’est un peu plus de 270.000 emplois, avec, c’est vrai, un réel risque de délocalisation. C’est justement pourquoi il est nécessaire d’entrer dans une concertation sérieuse avec la rive Sud de la Méditerranée. Nous pouvons envisager, comme le propose le Ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, l’implantation de centres d’appel en France en particulier dans des bassins d’emplois aujourd’hui durement touchés par le chômage. Mais nous devons alors proposer un vrai partenariat industriel économique aux pays d’Afrique, et en particulier dans l’espace francophone.

Peut-on envisager de construire ensemble les industries modernes des énergies renouvelables ? La réponse est OUI.

Peut-on envisager de construire ensemble des filières industrielles et de services en commun, dont les sites de productions seraient répartis sur nos territoires ? La réponse est encore OUI.

Peut-on envisager de créer des dispositifs de formation professionnelle et technologique communs ? La réponse est toujours OUI.

L’instauration d’un dialogue permanent avec nos partenaires du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne sur les sujets commerciaux est d’ores et déjà engagée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Les entreprises se coordonnent déjà, et je fais pour ma part appel à l’ensemble des députés connaissant bien ces pays pour qu’ils participent à cet effort collectif.

Vous comprendrez que je juge votre proposition de loi insatisfaisante. Nous la rejetterons, non pas parce qu’elle émane du groupe UMP, mais parce qu’elle à courte vue.

À cette tribune, je le dis encore une fois mes chers collègues, la Méditerranée, c’est aussi notre avenir.»

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