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Interview croisée dans Le Figaro

Un an à l’assemblée…

26 juillet 2013 | Catégorie(s) : Idées / Actions, Médias | Thème(s) :

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Le Figaro vient de publier cette interview croisée. Elle est également disponible sur le site du quotidien.

Lorsque Pouria Amirshahi (PS) et Guillaume Larrivé (UMP) ont fait leurs premiers pas au Palais Bourbon il y a un peu plus d’un an, ils ne s’attendaient certainement pas à vivre une première année de mandat aussi chargée. Mariage pour tous, emplois d’avenir, crédit d’impôt compétitivité, loi de sécurisation de l’emploi, vote du budget houleux… au total, 39 textes de lois ont été adoptés, plus de 25.000 amendements exminés. Une expérience formatrice pour ces deux élus, qui dressent un bilan croisé de cette session parlementaire.

Quel est votre meilleur souvenir de cette première année de mandat?

Deputies at National Assembly - ParisPouria AMIRSHAHI. – L’abrogation du bouclier fiscal: on oublie trop vite les incroyables cadeaux de MM. Fillon et Sarkozy aux très grandes fortunes pendant 5 ans. Ce jour-là, on n’a certes pas réglé les problèmes de la France, mais on est sorti de l’indécence.

IMMIGRATION-RETENTION-SANS-PAPIERS-JUSTICE-HORTEFEUXGuillaume LARRIVÉ. – Dans l’hémicycle, en montant à la tribune pour mon premier discours face au ministre de l’intérieur Manuel Valls, j’ai eu le sentiment de devenir pleinement parlementaire, engagé dans la joute politique.

Votre pire souvenir?

P.A. – L’épisode Florange.

G.L. – Je trouve les séances des questions d’actualité particulièrement ringardes et artificiellement théâtrales. J’aime trop l’Assemblée nationale pour accepter cette pantalonnade.

A quel moment avez-vous eu l’impression d’être le plus utile dans votre fonction de député?

P.A. – Lorsque l’article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur – qui autorisait l’enseignement tout en anglais – a été totalement réécrit. Non seulement le «all in English» est désormais interdit (il faudra d’ailleurs veiller au respect des textes…) , mais cela ouvre un beau débat devant nous sur le multilinguisme et sur la francophonie culturelle, éducative et économique. Elle est une chance pour tous les peuples qui l’ont en partage…si elle est cultivée. Elle permet aussi de déconstruire l’imaginaire paranoïaque de l’immigration.

G.L. – Lorsque j’ai réussi à faire voter par l’Assemblée un amendement en faveur des petites communes rurales: c’est la preuve que, même dans l’opposition, il est parfois possible de convaincre la majorité.

S’il y avait une chose sur laquelle vous pouviez revenir, ce serait…

P.A. – Le débat budgétaire de l’automne, car si nous avions été écouté dès le début sur la nécessité se surseoir au dogme des 3%, alors nous aurions dégagé des marges de manœuvre au bon moment.

G.L. – J’aimerais que l’Assemblée nationale puisse censurer, de manière ciblée, un ministre. La motion de censure du gouvernement entier est une bombe atomique qui n’a servi qu’une fois, il y a plus de cinquante ans. Il faut que les députés aient le pouvoir d’adresser un carton rouge à un ministre incompétent.

Trouvez-vous que l’agenda parlementaire a été trop chargé cette année?

P.A. – Oui.

G.L. – Non, l’agenda n’est pas trop chargé, mais l’ordre du jour est fixé en dépit du bon sens. Les priorités sont absurdes. Le gouvernement a pratiqué la diversion, en nous faisant débattre, pendant des mois, sur des lois portant sur des questions de société (mariage et adoption par des personnes de même sexe) ou des sujets institutionnels (modes de scrutin, conseil supérieur de la magistrature). L’urgence, ce serait de donner plus de libertés aux Français qui veulent travailler, créer des richesses… Le Parlement n’est pas saisi de projets de lois utiles!

Pensez-vous, comme certains de vos collègues, que les députés ont trop de privilèges? Lequel seriez-vous prêt à abandonner?

P.A. – Pour ma part, j’ai refusé de bénéficier de certaines dispositions (pour les conjoints en particulier) et l’ai signifié dès le premier jour. Aucun privilège n’est admissible et des avantages doivent être justifiés par une contrepartie ou une nécessité. Tout doit également être déclaré. J’ai d’ailleurs mis en ligne l’utilisation de ma réserve parlementaire. Mais il faut aussi dire la vérité: les élus n’ont pas assez de moyens pour mener à bien leurs missions, surtout quand ils ne cumulent pas de mandats comme c’est mon cas et, demain, le cas de tous.

G.L. – Il faut unifier le régime de retraites de l’ensemble des Français: que l’on soit ouvrier, parlementaire, cheminot, dentiste ou commerçant, les règles de calcul doivent être les mêmes.

Que faut-il faire concrètement, selon vous, pour recréer de la confiance entre les Français et leurs élus?

P.A. – Montrer que les politiques ne se soumettent pas à l’ordre établi, autrement dit améliorer les conditions de vie des citoyens et donner du sens.

G.L. – Le vrai sujet, c’est l’efficacité. La défiance des Français à l’endroit des responsables politiques s’explique d’abord par les mauvais résultats enregistrés depuis plus de trente ans. Nous avons besoin de sérieux.

Quel est votre modèle en politique, dont vous vous inspirez?

P.A. – Ma mère.

G.L. – Une synthèse improbable entre Clemenceau, Valéry Giscard d’Éstaing et Brice Hortefeux! Clemenceau car il incarne la force du patriotisme. VGE parce qu’il a exercé le pouvoir avec calme et clarté, dans le respect des libertés. Et Brice Hortefeux parce qu’il m’a fait confiance et m’a beaucoup appris, dans la fidélité au président Sarkozy.

Quel est votre meilleur camarade à l’Assemblée?

P.A. – Allez, ne fâchons personne: Claude Bartolone.

G.L. – Edouard Courtial, député de l’Oise: nous avons déjà vécu quelques aventures sur des chemins communs, depuis dix ans.

Votre pire ennemi?

P.A. – La « Finance »

G.L. – Je ne l’ai pas encore repéré…

Quel est le prochain siège que vous souhaiteriez occuper?

P.A. – Le mien me va très bien.

G.L. – Député-maire d’Auxerre! Je revendique la complémentarité entre un mandat parlementaire et un mandat local, pour agir à la fois au plan national et sur le terrain.

Sur quel texte comptez-vous vous investir à partir de septembre?

P.A. – Celui sur la politique de développement de la France.

G.L. – J’interviendrai lors de la loi de finances, pour combattre le bombardement fiscal que le gouvernement fait subir aux Français.

Propos recueillis par Jim Jarrassé, Le Figaro
L’interview est disponible ici

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