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Entretien publié sur le site Regards.fr

Il faut dépasser les tribus de la gauche

8 juin 2015 | Catégorie(s) : Idées / Actions, Médias | Thème(s) :

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À la sortie du congrès du PS, le député frondeur Pouria Amirshahi propose un nouveau mouvement citoyen pour préparer l’après 2017 : un « mouvement commun » et ouvert pour réinvestir le débat public et imposer les idées qui rassemblent à gauche.

Regards. À l’issue du congrès du Parti socialiste, vous appelez vos camarades à « exister à côté du PS ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

 

 

Pouria Amirshahi. J’ai, à plusieurs reprises et depuis longtemps, caractérisé la politique du gouvernement comme libérale et sécuritaire. Aujourd’hui, il faut la dépasser. Le Parti socialiste est vieillissant, molletiste… Je ne veux plus perdre de temps en bagarres internes à la gauche, mais aller vers un mouvement commun avec les écologistes, les communistes, ainsi que ces milliers de citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les partis. Pour créer ce mouvement citoyen de type nouveau, il faut dépasser les chapelles, les tribus, de la gauche. Donc, il faut éviter les préalables, les injonctions mortifères comme celle de quitter sa famille politique et, à l’inverse, faire le pari de la sincérité.

« Je ne demande à personne de quitter son parti »

Est-ce vraiment possible ?

Nous sommes nombreux à être d’accord sur les enjeux pour l’avenir : l’écologie alternative, la redistribution des richesses, une autre politique étrangère. Il est essentiel de réunir celles et ceux qui vont dans ce sens. Mais il ne faut pas poser de préalable. Donc, je ne demande à personne de quitter son parti, mais bien d’agir pour réimposer, dans le débat public, les idées transformatrices que sont l’égalité réelle entre Français de toutes consciences et provenances ; la raison et la morale en économie ; une autre stratégie dans la mondialisation… Ces idées sont absentes du débat public en raison de la médiocrité, des frilosités, des renoncements et des servitudes qui empêchent de s’exprimer aujourd’hui dans les cadres partisans.

 

« Exister à côté du PS » n’est-ce pas, déjà, ce que font les gauches du PS au travers du club « Gauche avenir », les frondeurs lors des universités d’été, ce que vous avez-vous-même fait à la Bellevilloise ?

 

C’est en effet dans cet objectif que j’ai organisé une rencontre à la Bellevilloise en demandant, alors, aux politiques d’être humbles, à l’image de celles et ceux que nous avons mandat de représenter. J’ai voulu que nous, dirigeants politiques ou élus, écoutions la société civile. Dernièrement encore, j’ai participé, dans le même sens, au Forum européen des alternatives. C’est aussi ce que nous avons entrepris, il y a deux ans, avec celles et ceux que vous, journalistes, vous appelez « frondeurs ». Nous avons tâché de dépasser les clivages, les chapelles, les enjeux de personne. Cela a permis de mettre à jour des préoccupations partagées avec nos amis écologistes et communistes. Il est plus que temps de dépasser la sidération dans laquelle nous a tous plongés le tournant opéré par le président de la République. En même temps, vous le rappelez, nous avons travaillé depuis deux ans. Et cet amalgame politique commence à prendre tournure. Il faut désormais aller plus loin et renouer avec une action résolue en faveur du progrès.

« Il faut éviter le poison de la présidentielle de 2017 »

Beaucoup, à gauche du PS, posent la question de votre sincérité. Que leur répondez-vous ?

Aucune majorité parlementaire ne refuse de voter la confiance ou le budget présenté par l’exécutif qu’elle a mis en place. Je l’ai fait, à plusieurs reprises. On peut certes me reprocher de ne pas avoir voté contre. Mais s’abstenir, c’est déjà refuser. À côté, j’ai voté en faveur d’une écrasante majorité de lois qui allaient dans le bon sens. Sans sectarisme ni agressivité, nous avons, avec les « frondeurs », imposé l’idée d’un débat parlementaire libre. Parce que nous procédons du peuple et pas de l’exécutif. Nous avons, collectivement, fait acte d’émancipation tout en nous regroupant, en fédérant des parlementaires issus de sensibilités différentes. Désormais, il est temps de nous ouvrir à la société, d’accélérer le mouvement dialectique entre la politique citoyenne et sa représentation. C’est pour cela qu’il faut mener un dialogue permanent, avec celles et ceux qui sont dans les partis de gauche mais, surtout, avec celles et ceux qui luttent au quotidien contre les discriminations, avec les artistes, les syndicalistes, les entrepreneurs de l’économe sociale et solidaire…

Comment faire pour donner à voir ce nouveau rassemblement alors que les échéances électorales se rapprochent ?

Il faut éviter le poison de la présidentielle de 2017 qui pétrifie ceux qui manquent de courage et qui exacerbe les opportunismes. S’il est possible de se rassembler d’ici là, si nous parvenons à donner à voir ce mouvement commun, pourquoi pas. Sinon, chacun fera son choix. Mais je préfère que nous préparions la France d’après, d’après 2017. Pour cela, il faut repolitiser les temps inter-électoraux, ceux qui séparent les différents scrutins.

 

Entretien réalisé Nathanaël Uhl à retrouver sur le site de Regards.fr

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