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Entretien paru dans l'Humanité le 9 juin 2015

Prenons notre part avec ceux qui veulent bouger le monde 

9 juin 2015 | Catégorie(s) : Idées / Actions, Médias | Thème(s) :

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Cet entretien est une nouvelle explication sur les ambitions dont peut, dont devrait, se doter un dépassement et un regroupement des groupes progressistes.

 

Dans une tribune parue dans le Journal du dimanche durant le congrès socialiste de Poitiers, Pouria Amirshahi, député PS « frondeur » et depuis des mois en rupture avec l’exécutif, imagine un « mouvement citoyen », à l’extérieur du PS, rassemblant ceux qui veulent remettre en route le progrès.

Entre rassemblement citoyen et coalition politique, quels sont les contours du mouvement que vous appelez à constituer ?

Les contours seront dessinés très naturellement par les idées communes. Il faut sortir de ce grand bug de l’histoire de l’humanité, très intrigant, qui fait que l’on a, d’un côté, toutes les possibilités technologiques, médicales, etc. de faire le bien commun et, de l’autre, des régressions, des déplacements de populations, le climat qui menace, des guerres, l’accès aux ressources privatisé, des inégalités qui se creusent… C’est cette volonté qu’il faut mettre en mouvement.

Sans étiquettes : sentons-nous libres d’être ensemble.

Pour en sortir, il faut « penser hors de la boîte ». Le temps des scissions a été marqué par des échecs. Personnellement, je me sens très libre d’être dirigeant du Parti socialiste, libre parlementaire, et je demande à toute personne de se sentir libre d’être écologiste, communiste, d’être au Front de gauche, ailleurs ou même nulle part. Je vois des intelligences partout.

Entre les identités fortes de parti et la méfiance de beaucoup de citoyens vis-à-vis des appareils, est-ce bien réaliste d’imaginer rassembler tout le monde ?

Personne ne pensait il y a deux ans que, dans la Ve République, il puisse y avoir des parlementaires qui ne votent pas la confiance à un gouvernement issu de ses rangs. Comment convaincre ? En n’obligeant personne. En ne faisant aucune injonction à quiconque de renier ce qu’il est. On verra ce que cela donne. Ce qui compte, ce n’est pas de voir le chemin, il est devant nous. C’est de le prendre. Sur Internet, j’ai reçu plus de 500 contributions en même pas trois heures hier. Je ne les ai pas encore toutes lues, mais de ce que j’en ai vu, c’est très riche. Nous n’avons qu’à nous baisser pour cueillir les idées ! L’expertise existe aussi dans le pays réel !

Vous mettez en garde contre le « poison de 2017 », mais certains semblent déjà contaminés…

Je ne suis pas médecin guérisseur des obsessions de la présidentielle.

Je ne peux dire que ça. Je ne m’occuperai pas des cas particuliers de ceux qui ne pensent qu’à cela. Je me préoccuperai de construire un mouvement collectif, commun, qui soit produira une dynamique lors de ces échéances, soit aura, quoi qu’il arrive, préparé le terrain de la France d’après.

Des mouvements populaires qui ressemblent à ce que vous décrivez existent en Europe, mais pas en France…

Dans le monde, chaque pays a ses spécificités dans la grande tentation de réappropriation des souverainetés citoyennes. Regardez la révolution citoyenne en Tunisie, le M 23 au Sénégal, Occupy Wall Street, les Podemos, Syriza… Faisons-le à la française! Nous ne procédons pas, comme les Grecs, de la rupture avec des colonels dictateurs, nous ne sortons pas, comme les Espagnols, du franquisme… Nous procédons de la République, mais il faut approfondir la démocratie, avancer vers l’écologie et il faut le faire dans le champ de notre imaginaire national. C’est pour ça que j’ai parlé de la francophonie, d’une nouvelle alliance internationale…

Prenons notre part dans ce concert nouveau des citoyens qui veulent faire bouger le monde !

Avez-vous déjà reçu des retours de partenaires potentiels ?

J’ai échangé directement et indirectement avec beaucoup de socialistes, avec Pierre Laurent et des communistes, avec Jean-Luc Mélenchon, qui en reparlait lui-même hier matin, avec Cécile Duflot, avec Pierre Larrouturou, de Nouvelle Donne… À chaque fois, je demande, comme nous le faisons, de n’exiger de personne de se renier. Si on me parle d’un nouveau parti, d’une nouvelle étiquette, d’une nouvelle scission, ma démarche n’aura pas été comprise. Tout peut être plombé par la logique de la Ve République, mais ça aussi c’est un enjeu à déverrouiller. Et il ne suffira pas d’invoquer une VIe République pour la faire. Il faut avancer avec cette sincérité et transmettre cette part de sincérité.

 

Entretien réalisé par Adrien Rouchaleou, à retrouver dans l’édition de l’Humanité du 9 juin 2015 ou sur le site internet  de l’Humanité

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