Veuillez saisir votre adresse e-mail pour recevoir la lettre d'information :

Entretien dans France Soir

« Les réfugiés fuient la guerre, mais pas seulement »

10 septembre 2015 | Catégorie(s) : Médias | Thème(s) :

Partager cet article

J’ai répondu ce jeudi 10 septembre 2015 aux questions de Pierre Plottu, journaliste à FranceSoir.fr.

Voici l’entretien :

 

Les réfugiés ne fuient pas seulement les pays en guerre, voilà en substance le message de Pouria Amirshahi. Ecartant la création d’un statut spécifique pour les déplacés de guerre préconisée par Nicolas Sarkozy (« il existe déjà« , dit-il), le député PS de la 9e circonscription des Français de l’étranger en appelle à « ouvrir les portes de l’accueil » aussi aux réfugiés climatiques, par exemple.

François Hollande, après avoir refusé les quotas de réfugiés au niveau européen, s’y est finalement plié et appelle désormais à la création d’un « mécanisme obligatoire d’accueil » au niveau européen. Que pensez-vous de ce changement de cap?

« Il est tardif mais bienvenu, même s’il est encore minimaliste. Surtout, il ne faudrait pas attendre que le mécanisme dit +obligatoire+ soit effectif pour ouvrir les portes de l’accueil. Il faut commencer par s’appliquer à soi-même les principes qu’on voudrait prodiguer aux autres.

Cette répartition obligatoire vaut pour le continent européen mais elle vaut aussi pour la France. Je trouve que l’idée de Jean-Pierre Raffarin, entre autres, puisque je l’avais émise aussi il y a quelques semaines, de faire en sorte que les territoires dévitalisés et en perte de population puissent bénéficier prioritairement de l’accueil de personnes migrantes ou réfugiées me paraît être une solution à la fois rationnelle, raisonnable et utile. Et ce y compris parce qu’elle est prometteuse pour la suite en termes d’infrastructures, de relance des services publics et de revitalisation des territoires ».

Nicolas Sarkozy, dans une interview publiée ce jeudi par Le Figaro, réfute l’idée d’instaurer des quotas d’accueil de réfugiés au niveau européen. A la place, il en appelle à l’adoption d’une politique migratoire commune. N’est-ce pas une des revendications de la gauche en général, et du PS en particulier?

« Oui, mais à force d’attendre qu’on ait une politique commune on ne fait rien. On attend par exemple l’harmonisation fiscale commune, mais comme on ne l’a pas on ne fait rien. On peut toujours se cacher derrière cela mais, en l’occurrence, il y a une politique qui peut être commune: c’est celle de la répartition par quotas. Je ne suis pas un fan des quotas mais j’estime que, pragmatiquement, cela permet une répartition à la charge de chaque pays en fonction de sa population, de ses moyens, de ses capacités d’infrastructure, etc.

Décréter qu’il faut une politique commune, c’est bien joli, surtout quand on est dans l’opposition, mais ça n’a aucune portée immédiate. La question qui est posée maintenant c’est celle de l’accueil de milliers de migrants qui arrivent tous les jours. On voit bien qu’il va falloir sortir d’une pensée commune qui n’est pas simplement propre à une partie de la droite mais aussi malheureusement reprise par certaines élites de gauche. Celle qui voudrait faire une différence entre les réfugiés de guerre et tous les autres ».

Faut-il, comme le président LR le réclame, créer un nouveau statut de réfugiés de guerre intégrant le retour des populations dans leur pays une fois que la situation y serait stabilisée?

« Cela sent l’hypocrisie éhontée. Le statut de réfugié de guerre existe déjà, Monsieur Sarkozy devrait le savoir. Il faut aussi savoir balayer devant sa porte: c’est lui qui a une responsabilité directe dans l’effondrement de l’Etat en Libye, par exemple. Cela n’a fait qu’accélérer le processus en ouvrant grand un couloir d’immigration qui ne l’était pas jusque-là.

C’est aussi oublier, au-delà de la guerre, tous les autres réfugiés. Evidemment, ils ne sont pas reconnus en tant que tel dans les accords internationaux mais de fait on parle aujourd’hui de réfugiés climatiques. On fait quoi, à quelques semaines de la COP21, quand on constate que du fait de la hausse des températures et de la raréfaction des terres arables de plus en plus de personnes migrent? On va leur dire de rentrer chez elles et de revenir le jour où l’herbe sera un peu plus verte? Tout cela n’est pas réaliste ». Il faut une autre politique étrangère de développement, cela prendra du temps. Le courage est de le dire ».

Retrouvez également cet entretien sur le site de FranceSoir

Lire aussi le communiqué de presse du 16 septembre 2015 : Réfugiés, migrants : une crise qui exige des choix courageux

Back to Top