Veuillez saisir votre adresse e-mail pour recevoir la lettre d'information :

Lettre aux compatriotes

16 novembre 2015 | Catégorie(s) : Archives député, Circonscription | Thème(s) :

Partager cet article

Chères concitoyennes, chers concitoyens,

Les terribles attentats perpétrés à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre dernier nous ont plongés dans l’effroi. Notre jeunesse a été touchée, pour ce qu’elle représente, joyeuse, festive, mélangée, et à travers elle c’est l’ensemble du pays qui est meurtri. La colère est encore présente chez beaucoup d’entre nous, mais nous devons rester fidèles à ce qui fait notre force : la démocratie.

Je tiens, dans ce contexte, à exprimer toute ma solidarité aux familles de victimes, aux blessés dont certains luttent encore pour la vie. Je veux dire aussi ma reconnaissance aux fonctionnaires de tous métiers pour leur courage et leur sens du devoir, sans qui le bilan aurait été bien plus lourd.

Le Président de la République s’est exprimé devant la représentation nationale exceptionnellement réunie pour la circonstance en Congrès à Versailles le lundi 16 novembre. C’est son rôle. Il a, à cette occasion, annoncé plusieurs décisions et formulé plusieurs propositions qui seront débattues dans les prochains jours et les prochaines semaines. Je veux les évoquer sereinement auprès de vous avant que le débat politique ne commence vraiment.

La première des priorités est de renforcer notre appareil de renseignement, de sécurité et les moyens de l’investigation policière et judiciaire afin de mieux prévenir et de mieux réprimer les éventuels attentats à venir. 5 000 nouveaux policiers et gendarmes seront recrutés d’ici 2017 portant l’effort total à 10 000 nouveaux fonctionnaires de police qui seront prioritairement affectés aux services spécialisés. Notre appareil de renseignement, considérablement affaibli par la suppression de plus de 10 000 postes de policiers entre 2007 et 2012, sera ainsi remis totalement à niveau. 2 500 postes supplémentaires seront créés dans la justice afin de permettre d’étoffer les services chargés de la lutte antiterroriste et de la surveillance pénitentiaire conformément à la volonté exprimée par les magistrats spécialisés qui disposeront en outre de nouveaux moyens d’enquête et de renseignement. Ceux-ci devront être respectueux des droits des citoyens et des libertés publiques. 1 000 postes seront créés dans les services des douanes afin d’accompagner le contrôle renforcé à nos frontières. Cet effort exceptionnel, pleinement justifié par la situation que nous traversons, implique, et je m’en réjouis, que nous suspendions l’application comptable des règles de stabilité budgétaire européennes. Je souhaite néanmoins que nous ayons la même audace politique dans le champ éducatif, social et culturel en termes de moyens nouveaux.

La deuxième priorité est l’action extérieure de la France. Ces attentats s’inscrivent dans une chaîne d’actes terroristes ayant frappé également la Tunisie, le Liban, un avion russe en Egypte et la Turquie ces derniers temps. Ils ont pour motivation directe le conflit actuellement en cours en Syrie et en Irak et ont été revendiqués comme tels par leur commanditaire, Daech. La source de cette « guerre » prend racine d’abord dans la géopolitique : la faillite des Etats, les corruptions et les bouleversements qui font le terreau de croissance des monstres tels Daech. Interroger cette géopolitique, c’est nous interroger nous-mêmes, français, sur les désordres du monde. C’est à cette échelle qu’il convient d’assécher immédiatement les sources de financement du groupe Etat Islamique. C’est à ce niveau que nous devrons réviser nos alliances – y compris de commerce d’armes – avec des Etats pour le moins ambigus si ce n’est directement impliqués dans les troubles actuels. C’est enfin à cette échelle que doit se conduire effectivement une politique de reconstruction et de développement. En gros, traduire en actes une nouvelle doctrine qui pourrait se résumer ainsi : « leur développement, c’est notre sécurité ». Le Président de la République a annoncé saisir le Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour donner une base juridique incontestable à l’intervention de la future coalition en Syrie. S’adosser ainsi à la légalité internationale est une condition indispensable pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Toutes les parties prenantes dans la région doivent enfin entendre que, par-delà leurs divergences, ils doivent désormais faire face à une menace commune par une action commune. De même que nos partenaires dans l’Union Européenne doivent nous apporter une solidarité concrète qui doit aller au-delà des mots et, en ce sens, leur saisine par la France au titre de l’article 42-7 du Traité de l’Union est opportune.

Enfin, et je le regrette, le Président de la République entend proposer à l’examen du parlement la modification de plusieurs textes de lois existants traitant des modalités de mise en œuvre de l’état d’urgence, des procédures de contrôle des Français revenant sur le territoire national et soupçonnés d’avoir participé à des actions terroristes à l’étranger, de l’accélération des procédures d’expulsion pour les étrangers représentant une menace grave pour notre sécurité, de la dissolution des associations appelant à la haine ou soutenant les entreprises terroristes, voire même de la déchéance de la nationalité pour les français nés en France mais ayant également une autre nationalité. Dans le même esprit, une nouvelle réforme pénale ainsi que des mesures sécuritaires de police sont annoncées.

Ces mesures seront normalement soumises à notre approbation sous différentes formes, textes de lois, modification de la Constitution, qui interviendront vraisemblablement dans les trois mois qui viennent. Je me prononcerai systématiquement en conscience, acceptant celles qui me semblent efficaces, refusant celles qui ne le seraient pas, voire pire, qui alimenteraient le terreau dans lequel se construit le terrorisme et porteraient atteinte tant à la concorde républicaine qu’à l’État de droit et aux libertés .

Il est un sujet qui a été peu abordé ces derniers jours, qui pourtant représente une grande partie de la solution et par lequel je souhaite terminer cette adresse. Nous devons il me semble, collectivement, nous interroger sur les raisons qui ont permis à la France d’engendrer de tels monstres. Quelle faille la société n’a-t-elle pas encore comblée pour que ses enfants puissent retourner leurs armes contre leurs compatriotes ? Quelle place ne donnons-nous pas à tous les enfants de la République pour qu’ils se fourvoient dans la haine et le crime ?

A l’aune de notre Histoire, de notre belle Révolution, de notre culture métissée et mélangée, je suis certain que nous trouverons les solutions dans la paix, l’écoute et le partage.

Vive la République,

Vive la France !

Pouria Amirshahi

Back to Top