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Bilan du déplacement en Mauritanie

1 octobre 2016 | Catégorie(s) : Archives député, Circonscription | Thème(s) :

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J’étais en Mauritanie du 26 au 28 septembre. Pays de 3,5 millions d’habitants où résident environ 1800 français, la Mauritanie est un pays riche mais encore peu développé, divers mais encore traversé par de lourdes discriminations. On sent que certaines figures nouvelles de la scène politique mais aussi des citoyens engagés pour la défense des droits et de l’égalité sont de plus en plus investis dans le débat public. Une chance pour l’avenir du pays, pour peu que ces énergies soient écoutées. La communauté française composée d’immigrés de longue date, de couples mixtes, de bi-nationaux et d’expatriés de passage, y est aussi impliquée.  Voici en quelques points les grandes étapes de ce déplacement, auquel a notamment contribué l’ambassadeur et ses équipe. Qu’ils en soient remerciés, ainsi que le conseiller consulaire, M. Boubou Sylla et toutes celles et ceux qui ont participé à la réussite de ces trois jours.

Rencontre avec les équipes du Consulat de France et du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) et visite de l’Institut français

A l’invitation du Consul de France, Monsieur Eric Cristini, j’ai échangé dans les locaux du Consulat avec les équipes des différents services qui répondent au quotidien aux besoins des usagers tant auprès des Français résidant en Mauritanie (état civil, sécurité, aide sociale) que des Mauritaniens (visas). J’ai pu me rendre compte à cette occasion des divers travaux effectués ces derniers mois afin d’améliorer l’accueil des usagers pour les français ; d’autres sont en cours pour l’accueil du service des visas.

J’ai également rendu visite aux équipes du service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France. La France est un partenaire bilatéral important de la Mauritanie, en matière de coopération culturelle et scientifique comme de développement durable et humain. Plusieurs projets (cf. supra) en témoignent.

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La Mauritanie accueille un Institut français à Nouakchott et cinq Alliances françaises, à Nouakchott, Nouadhibou, Kaedit, Atar et Kiffa. J’ai eu le plaisir de visiter l’Institut français, qui joue un rôle clé en valorisant la culture mauritanienne et francophone. L’Institut offre une grande diversité de services et une programmation riche et variée de manifestations culturelles de qualité. La médiathèque pour enfants et adultes est riche de plus de 35 000 livres et d’une très grande offre numérique, audio, vidéo et magazine.  Je suis ravi que la réserve parlementaire ait pu modestement contribuer à sa rénovation. A noter enfin l’existence d’un « fonds Mauritanie », espace dédié, au sein de la médiathèque, à la conservation  de nombreuses archives authentiques  sur la Mauritanie.

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Rencontre avec l’équipe de l’Agence française de développement : des réussites, une feuille de route contrainte.

L’Agence française de développement (AFD), opérateur principal de la France en matière de coopération et de développement, assure en Mauritanie la mise en œuvre de nombreuses activités. Les projets de l’AFD ces dernières années ont porté sur l’eau et l’assainissement, l’énergie durable, la préservation de l’environnement, l’éducation, la santé ou encore le développement local. L’AFD assure aussi la mise en œuvre des contrats de désendettement passés avec la Mauritanie. L’AFD a gelé ses prêts souverains, conformément à la Doctrine Lagarde (pays pauvre prioritaire, à risque de surendettement modéré, et n’ayant pas de programme FMI), ce qui a entraîné une forte contraction des activités de l’Agence.

Rencontre avec le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche

J’ai pu échanger avec le Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Dr Sidi Ould Salem, quelques jours avant la rentrée universitaire qui sera le 3 octobre pour près de 20 000 étudiants. La Mauritanie témoigne d’une volonté politique forte de renforcer le système d’enseignement supérieur et de recherche scientifique en cherchant à renforcer notamment le secteur scientifique (ingénieurs) et en passant d’une université d’enseignement à une université d’enseignement et de recherche. La création de l’Université des sciences, de technologie et de médecine, fusionnée cette été dans la toute nouvelle Université de Nouakchott Al Assrya et la mise en place de classes préparatoires aux grandes écoles sont le résultat de cet engagement de la Mauritanie dans une phase de développement importante du système universitaire. J’ai également échangé avec le Ministre sur les enjeux en matière d’enseignement supérieur dans l’espace francophone et les possibilités qu’offriraient une stratégie francophone véritable avec quelques pays, à travers une convergence des contenus éducatifs, des diplômes et une plus grande mobilité étudiante internationale.

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Visite du lycée français Théodore Monod et échange avec les parents d’élève et les enseignants

Le lycée français Théodore Monod appartient au réseau de l’Agence de l’enseignement français à l’étranger (AEFE). C’est l’un des 75 établissements en gestion directe. A la rentrée 2016, ce sont 970 élèves qui y sont scolarisés, de la moyenne section à la terminale. Plus de 100 personnes y travaillent au quotidien pour accueillir, former et encadrer les élèves. Une réunion avec les représentants de l’association des parents d’élèves (APELF) a été l’occasion de revenir sur les enjeux pour le lycée français, qui a connu une augmentation de 150 élèves ces trois dernières années. L’APELF organise de nombreuses activités parascolaires, participe activement à la vie de l’établissement et joue un rôle clé dans le lien entre les parents et l’établissement. La question de l’attribution des bourses scolaires (qui n’est malheureusement toujours pas optimale dès lors que nous conservons une logique d’enveloppe et non de droit) ainsi que certaines difficultés dans le dépôt des dossiers de demandes de bourses. Sur ce dernier point, le rôle du conseiller consulaire – Boubou Sylla – est essentiel pour accompagner les familles et faire le lien si nécessaire avec les services consulaires.

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A l’occasion de ma visite j’ai pu échanger avec des élèves lors de leur cours d’histoire dédié ce jour-là à la Révolution française.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai également visité le chantier de construction du nouveau lycée. L’achèvement du nouveau lycée et de ses abords ainsi que de la construction du CDI et de l’administration est prévu afin la fin de cette année scolaire et permettra une amélioration notable du cadre de vie et du fonctionnement du lycée. J’ai ensuite eu un échange constructif avec une partie du personnel du lycée français. Ont notamment été abordées les difficultés de recrutements d’enseignants résidents, liées souvent au refus des académies d’origine de détacher les professeurs candidats afin de répondre à leurs propres besoins . Ces difficultés que nous avions aussi observées dans d’autres pays de la circonscription – et au sujet desquelles j’étais déjà intervenu – sont tout à fait préjudiciables aux établissements français à l’étranger. S’ajoutent à cela des préoccupations propres des personnels en matière de primes et d’indemnités.

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Échanges avec la communauté française : la carte de séjour, première préoccupation

Mes différents échanges avec la communauté française, en particulier lors d’une réunion publique, m’ont permis d’aborder spécifiquement plusieurs enjeux relatifs à la résidence en Mauritanie, en premier lieu desquels celui de l’accès aux titres de séjour mauritanien. La convention relative à la circulation et au séjour des personnes, signées en 1992 par la France et la Mauritanie, prévoit entre autres un titre de séjour de 10 ans pour les résidents ayant séjourné plus de trois ans et l’acquittement d’une taxe d’un montant « raisonnable ». Ces dispositions sont actuellement de facto remises en cause en Mauritanie par la campagne d’enregistrement des habitant du pays (nationaux et étrangers) entreprises depuis trois ans par l’administration mauritanienne, car celle-ci aboutit à la multiplication des démarches et de frais pour l’obtention d’une carte de séjour valable un an, y compris pour des résidents de longue date. À ce stade, et dans l’attente d’une clarification réglementaire, je conseille à toutes et tous de s’adresser au consulat pour obtenir une lettre attestant, le cas échéant, d’un séjour de moyenne ou longue durée. Je ferai état de cette difficulté au ministre des affaires étrangères car les impacts sont réels sur les conditions de séjour des Français en Mauritanie, mais aussi sur l’investissement économique et sur l’attractivité de la Mauritanie pour l’expatriation.

Rencontre avec Maître Bouhoubeyni

Ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats mauritaniens et actuellement Président d’honneur de la Conférence Internationale des Barreaux, Maître Bouhoubeyni a présidé le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité). Le FNDU regroupe une quinzaine de partis politiques mauritaniens, des organisations de la société civile et des personnalités indépendantes. Il a plaidé pour une égalité réelle entre les différentes communautés et le renouvellement de la classe politique, prônant par ailleurs un dialogue sincère entre majorité et opposition, trop souvent enfermés dans « les mêmes slogans depuis au moins deux décennies ».

Visite de la Maison des cultures urbaines et du centre culturel les Echos du Sahel

J’ai visité dans le quartier Arafat une maison dédiée aux arts urbains appelée Urban Art House, gérée par l’association Micrombedda. Dans ce local sont organisées des formations autour de l’écriture, la production et la réalisation de clips vidéo. L’association a notamment produit un court film intitulé « Boko Halaal » visant à sensibiliser à la radicalisation que nous avons visionné avec l’équipe qui l’a conçu. Un studio d’enregistrement permet à de jeunes groupes de musique, en particulier de hip-hop, d’enregistrer leurs morceaux et une multitude de cours et de stages dédiés permettent l’initiation et le perfectionnement de nombreux jeunes artistes. L’association MicromBedda est appuyée financièrement par le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) dans le cadre de son Fonds d’appui à la société civile « Al Fajr » qui vise à promouvoir le rôle des jeunes dans la société mauritanienne.

J’ai ensuite été visiter le centre culturel Les Echos du Sahel, dans le quartier de Cité Plage Sebkha. Espace récent (ouvert début 2016) dédié aux Arts et à la Culture, les Echos du Sahel est un lieu d’enseignement de la musique et de la danse qui abrite aussi un studio d’enregistrement et une salle de répétition pour les groupes de musique et accueille des résidences d’artistes. Il offre également une programmation complète de musique, danse, spectacles vivants, créations artistiques ouverte à tous publics.

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 Rencontres  avec l’avocate Fatoumata Mbaye et les militants de l’association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH)

Membre de la FIDH, l’AMDH est une organisation de défense des Droits Humains qui intervient sur de nombreuses sujets majeurs relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, aux droits des femmes, aux  droits civils et politiques ou encore à la gouvernances économique et politique. Sa présidente, l’avocate Fatoumata Mbaye, est quant à elle une ardente défenseuse des droits humains. J’ai échangé avec elle sur deux dossiers d’actualité. Tout d’abord, sur le cas du jeune blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheitir, condamné à mort pour apostasie le 24 décembre 2014, dont elle assure la défense. De nombreuses organisations mauritaniennes, ouest-africaines et internationales, parmi lesquelles Amnesty International, ont demandé la libération immédiate et sans condition du jeune blogueur. Ces organisations insistent sur le fait que le recours à des sanctions pénales pour imposer des convictions religieuses constitue une violation du droit international et, en particulier, de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par la Mauritanie.

Nous sommes ensuite revenu sur la situation des treize membres de l’organisation Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) –  association de lutte contre l’esclavage – condamnés en aout dernier à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme pour « rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue ». Les principaux intéressés, appuyés par plusieurs organisation de défense des droits humains ont fermement démenti ces accusations. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies a demandé aux autorités mauritaniennes de diligenter des enquêtes sur ces allégations.

 

 

 

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