« Nous devons sonner sans attendre le tocsin de la République »

11 mars 2017 | Catégorie(s) : Médias | Thème(s) :
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Entretien réalisé par Lionel Venturini, pour l‘Humanité
Il a quitté le PS et en reste un observateur attentif : le député Pouria Amirshahi dépeint sévèrement cette fin de règne et regarde vers l’avenir. Entretien

 

Vous avez quitté le PS en 2016, sur le constat sévère de partis « à bout de souffle », « sans promesse d’avenir heureux pour le pays ». Le PS n’est-il pas en train de devenir, avec ces défections en faveur d’Emmanuel Macron, un astre mort ?

POURIA AMIRSHAHI Le PS voit son socle idéologique soit plombé au sens physique du terme, c’est-à-dire plus porteur des ambitions émancipatrices qui ont permis sa refondation dans les années 1970, soit déporté vers la droite libérale et/ou autoritaire. De façon générale, les autres partis ne sont pas dans une grande forme démocratique. Il suffit de regarder la façon dont se fait le débat d’idées avec deux exemples : Emmanuel Macron n’a pas structuré les siennes au sein d’un parti ; Benoît Hamon les a formées dans le cadre d’une primaire, non du PS.

 

« Pour la première fois, nous avons deux candidats qui peuvent conjuguer l’avenir en commun. » La primaire n’est-elle pas, du coup, trahie dans son esprit et sa lettre, quand le vainqueur devait être soutenu par tous les autres ?

 

POURIA AMIRSHAHI C’est le signe que tout processus démocratique n’est utile pour les dirigeants actuels que s’il valide et conforte leur pouvoir. Ni plus ni moins. La contestation au sein même du PS de la ligne de Benoît Hamon, qui est de tenter une réponse qui n’a pas été tentée jusque-là, de tourner le dos aux idées qui ont échoué, percute les certitudes et les positions actuelles. Confrontés à la réalité de leur défaite politique, qu’ils ne peuvent pas supporter et refusent de mettre en cause, ils en sont réduits à contester le processus démocratique qui a permis la victoire de Benoît Hamon. Un peu comme quand, en 2005, les Français décidaient d’un choix et qu’une partie de la classe dirigeante avait alors pris les électeurs pour un paillasson. La bataille qui s’engage à gauche ne les concerne même plus, d’une certaine façon ; Macron représente l’échappatoire qu’ils attendaient : le candidat d’un système économique qui leur convient tout à fait. Je fais le pari que, petit à petit, d’autres feront la démarche de Bertrand Delanoë qui appelle à voter Macron par exemple, dans un jeux assez perfide qui ressemble à celui du supplice chinois, de défections distillées tous les trois jours pour affaiblir l’un des seuls candidats susceptible de réconcilier la gauche et le peuple. Se résoudre à un vote Macron dès le premier tour, c’est tomber dans le piège. La gauche n’a pas à obéir à ceux qui lui donnent l’injonction de se taire, alors qu’elle est la seule à donner des réponses modernes adaptées à l’épuisement de la planète, à la réhabilitation de l’État, proposer des solidarités nouvelles, à être précautionneuse pour les générations qui viennent. Rien de tout cela ne figure dans le programme des autres candidats.

 

Pour parler simplement, la présidentielle est-elle déjà perdue pour la gauche ?

 

POURIA AMIRSHAHI Je pense au contraire qu’il est toujours possible qu’une dynamique réveille la mobilisation populaire devant la grande fragilité de nos institutions, où la corruption vient s’entrechoquer avec les fracas du monde extérieur. Nous ne sommes pas dans la situation où se débattraient tranquillement les conditions d’une alternance, mais dans une crise de régime. À chaque fois que la République vacille, il y a une réponse de gauche comme de droite. La dernière apportée a été par de Gaulle et la gauche, d’une certaine façon, s’y est ralliée en 1962. Un nouvel épisode de notre histoire républicaine va s’ouvrir, à la gauche d’y donner un contenu social, écologique, républicain, démocratique. C’est possible si l’on sonne le tocsin de la République.

Entretien à retrouver sur le site de l’Humanité

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