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Un nouveau chapitre

4 décembre 2017 | Catégorie(s) : Idées / Actions

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Il y a 30 ans bientôt, Politis venait à naître, comme un témoin, mais aussi un acteur engagé de notre époque. Bien des choses semblaient alors possibles : le communisme totalitaire finissait, l’apartheid tombait, le métissage de nos sociétés était d’ores et déjà engagé, l’Europe semblait coopérer, l’Iran et Irak mettaient fin à la guerre… Mais le décor avait aussi ses ombres : une accélération des échanges de marchandises et de circulation de capitaux – la mondialisation libérale – dont les mécanismes et les effets sociaux et géopolitiques n’étaient pas encore perçus ; le péril écologique et notre autodestruction quasi-programmée à modèle de développement constant ; les crispations identitaires – religieuses et/ou nationalistes – et la violence raciste qui les accompagnent, notamment en France avec un Front national revanchard… Celui-ci est d’ailleurs toujours puissant en 2017, si l’on en juge par ses victoires idéologiques et culturelles : crispations nationales, laïcisme sectaire, républicanisme identitaire, brutalité et violence verbale… La confusion est désormais volontairement entretenue, y compris par des fractions minoritaire issues de la gauche, M. Valls en tête qui, outre ses dérives droitières sur (presque) tous les plans, incarne désormais la conversion au camp d’en face. (L’aile droite du macronisme en quelque sorte.).

Globalement, l’ancienne gauche n’avait pas su anticiper ces transformations mondiales ni contrer les ambitions cupides et prédatrices des nouveaux capitalistes, et la seule grande tentative de coordination des premiers éco-socialistes, les altermondialistes, n’a pas duré plus de dix ans (1995 à Seattle, 2005 à Porto-Alegre). Il faut dire que le 11 septembre 2001 a plus permis d’unir les opinions face au terrorisme « islamiste » que de fédérer politiquement autour d’un nouvel humanisme. Alors, chacun en est retourné à sa solution dans un seul pays…

30 années de militantisme n’ont en rien changé mes convictions humanistes : je reste convaincu que la boussole des communs doit guider les esprits modernes. Les communs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, économiques ; il s’agit des éléments de la Nature comme l’air, l’eau et l’espace ; de la décision publique et les modes de délibérations ; de la protection des individus face aux aléas de la vie ; de la répartition équitable des ressources naturelles mais aussi des richesses produites, qui doivent l’être désormais de façon raisonnée … Il s’agit aussi de se réapproprier l’idée de progrès, sous peine de laisser aux « inventeurs » (bio-)technologiques d’aujourd’hui – ou aux prophètes d’apocalypse – le monopole de l’interprétation de l’avenir. Il en va tout simplement de notre commune humanité.

C’est le temps des communs face au pouvoir de quelques uns. La question devient centrale dans les idées contemporaines et se discute en de nombreux points du globe. C’est ce temps nouveau qui avait commandé la création, il y a deux ans, le 8 novembre 2015, du mouvement commun, avec des fondateurs aux parcours et parfois aux étiquettes très différentes, en face de toutes les violences qu’engendrent une certaine économie, mais aussi parfois l’État lui-même, on le voit dans le glissement sécuritaire continu de ces dernières années.

D’autres désormais affirment, notamment depuis la présidentielle, vouloir enfourcher ce nouveau combat politique. Puissent-ils et elles réussir.

Mais, outre que cette bataille ne saurait appartenir à quelque fraction que ce soit, elle ne saurait procéder en premier lieu ni exclusivement des partis anciens ou des mouvements politiques nouveaux. Il s’agit de faire confiance aux veines porteuses de la société, inventeurs, créateurs, citoyens concernés et représentatifs de la diversité française … Un journal engagé comme Politis a précisément pour objet de leur donner la parole, d’être leur rendez-vous, leur carrefour, autrement dit d’organiser la dispute plutôt que de laisser prospérer les divisions. Être utile en donnant à voir les vérités qu’on nous cache, absolument ; en essayant de comprendre, certes ; mais aussi en faisant découvrir les idées neuves, les créations contemporaines, les talents qui pointent, les solutions possibles pour un monde meilleur, donner à d’autres le goût de la citoyenneté… Merci à toute l’équipe de Politis de m’accueillir dans ce beau projet.

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