Entretien : « Face à l’extrême droite, nous avons le devoir de nous préparer à résister »

Retrouvez mon entretien avec Cyprien Caddeo dans l’Humanité.

Le député apparenté écologiste Pouria Amirshahi est à l’initiative de la Digue, un projet de remise en réseau d’un internationalisme concret face à l’extrême droite. Les parlementaires membres multiplient les déplacements pour apprendre des pays qui ont déjà basculé.

Nom de code : « la Digue ». L’initiative, lancée en mai dernier par le député apparenté écologiste Pouria Amirshahi, vise à « fédérer pour résister » les forces progressistes dans le monde, face à la montée en puissance d’une internationale d’extrême droite qui gouverne désormais de nombreux États, sur tous les continents.

Le projet implique des parlementaires de gauche, que cela soit au PCF (Elsa Faucillon), au PS (Chloé Ridel) ou chez Les Écologistes (David Cormand, Mélanie Vogel). Objectif : contourner les bisbilles d’appareil en France et relancer un internationalisme moribond, alors qu’il est dans l’ADN historique de la gauche.

La Digue part du constat d’une internationale d’extrême droite en plein essor. L’explication est multiple : l’offensive néofasciste, structurée, abondamment financée par des capitalistes, a cette capacité à capter les aspirations d’une partie des classes populaires.

Mais il y a aussi l’erreur d’une partie de la gauche d’avoir accepté l’idée que le capitalisme et le marché allaient garantir la démocratie. La gauche sociale-démocrate a cru pour partie à la « fin de l’histoire » et n’a plus cherché à transformer profondément la société. Dans le même temps, la gauche révolutionnaire a confondu révolution et gauchisme, ou sectarisme.

Les membres de la Digue ont effectué des voyages aux États-Unis, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Italie, en Allemagne, au Brésil, et bientôt en Argentine, au Chili, en Turquie et en Inde. Le but est de connaître l’agenda politique de cette internationale néofasciste. À chaque déplacement, nous avons rencontré des élus, des membres de la société civile, ainsi que des acteurs de la pensée critique.

Nous cherchons à la fois à récolter de la connaissance, à documenter les processus politiques à l’œuvre, et à tisser un réseau international. En mai prochain, nous tiendrons nos premières rencontres internationales.

Nous travaillons à un espace d’interconnexion et de partage de l’information permanent. L’investiture de Trump a démontré l’urgence d’y opposer des solidarités concrètes. Nous développons donc des stratégies d’alliance avec des collectifs organisés dans les territoires, en France et ailleurs – syndicats, associations, groupes culturels…

La construction de réseaux à travers la Digue doit aussi permettre de réfléchir à ça, en y intégrant le paradigme écologique, qui me semble être celui qui doit dominer tous les autres.