« La France a une dette morale envers l’Iran » : l’interview croisée de Ayda Hadizadeh et Pouria Amirshahi.

Retrouvez cet article en intégralité sur le site de l’Express

Comment à la fois se réjouir de la mort d’un tyran, Ali Khamenei, et condamner le moyen d’intervention, qui viole le droit international ?

Pouria Amirshahi 

J’aurais préféré que ce dictateur soit jugé. Même Louis XVI l’avait été ! Se débarrasser du tyran, oui, mais pas par deux cryptofascistes, dont l’un est recherché par la Cour pénale internationale. À aucun moment, il n’a été question de permettre à la diaspora et aux Iraniens eux-mêmes d’être partie prenante de leur propre lutte.

Trump est mû par une logique d’accaparement, Netanyahou par l’objectif de faire imploser l’Iran. Donc cette attaque ne peut que m’inquiéter. Je ne place aucun espoir dans cette agression, surtout quand on voit ce qui s’est passé en Irak et en Libye, avec la dissémination du terrorisme.

Ayda Hadizadeh

Le peuple iranien se bat les mains nues contre son oppresseur. Les prisonniers ne décident pas de leur destin. Si le droit international ne sert qu’à constater les violations, à brandir des « cartons rouges » sans protéger les peuples, alors il finit par se vider de son sens. Après janvier, il aurait fallu la constitution d’une coalition internationale pour protéger et soutenir le peuple iranien, plutôt que des communiqués de condamnation sans effet.

Est-ce le rôle de la France et de l’Europe de contribuer à faire tomber le régime iranien?

Ayda Hadizadeh

Nous avons une forme de dette morale envers l’Iran. C’est en France que l’ayatollah Khomeiny a trouvé refuge avant la révolution. Je pense que la France pourrait faire davantage. Tant que la diplomatie restera uniquement fondée sur un rapport de puissance, on passera à côté de certaines responsabilités. J’ai d’ailleurs lancé une initiative, qui a ensuite été reprise au niveau européen : l’idée était de réunir autour d’une même table les différents groupes de l’opposition iranienne pour les pousser à s’entendre sur un plan de transition démocratique.