Il était temps. Depuis #MeToo, la parole s’est libérée et les alertes n’ont jamais cessé. Les travaux de la CIIVISE, le procès des viols de Mazan, les révélations sur le périscolaire et l’affaire Lyhanna ont, chacun à leur manière, rappelé l’ampleur des violences et les failles persistantes de notre réponse collective aux violences sexuelles, sexistes et intrafamiliales.
En 2017, Emmanuel Macron en faisait pourtant la grande cause de son quinquennat. Près de dix ans plus tard, force est de constater que l’exécutif n’a pas été à la hauteur de cette promesse. Pendant ce temps, la société civile a avancé. Les victimes ont parlé, les associations ont documenté, accompagné, alerté et formulé des propositions.
Cette semaine, les travaux commencent enfin à l’Assemblée nationale sur la « proposition de loi visant à apporter une réponse intégrale aux violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants ». Ce texte doit beaucoup au travail mené depuis plusieurs années par la Coalition féministe et enfantiste, qui réunit plus de 150 associations, organisations et syndicats. Le Parlement doit désormais prendre toute sa part.
Le texte contient de vraies avancées et cherche à traiter le problème dans sa globalité. Son ambition reste encore à renforcer : une réponse réellement intégrale suppose de donner toute leur place à la prévention, à l’éducation, à la formation et à l’accompagnement, et pas seulement à la répression pénale.
Elle suppose surtout des moyens. Sans programmation budgétaire solide et sans financements pérennes, nous risquons de bâtir une architecture ambitieuse sur le papier sans donner aux services publics et aux associations les moyens de la faire vivre. L’expérience espagnole montre justement l’intérêt de penser ensemble prévention, protection, accompagnement et justice, plutôt que de traiter chacun de ces sujets séparément.
C’est aussi pour nourrir ce travail parlementaire que j’ai réuni plusieurs associations des 3e et 10e arrondissements engagées sur ces questions. L’objectif était simple : confronter le texte à leur expérience du terrain, entendre ce qui manque encore et préparer les amendements que nous porterons dans les débats.
Le travail commence maintenant et doit marquer un tournant pour sortir des réponses ponctuelles et faire enfin de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une politique publique à part entière.

