Victoire décisive pour les coiffeuses du boulevard de Strasbourg

78 jours de grève, de fatigue, de courage et de solidarité. Après 2 mois et demi, les coiffeuses et barbiers du salon situé au 65, boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement, ont remporté une victoire décisive.

Ce mardi 19 mai, la préfecture de police de Paris a annoncé la délivrance de titres de séjour à neuf travailleuses sans papiers, reconnues comme victimes potentielles de traite des êtres humains. Elles étaient en grève depuis le 3 mars pour dénoncer les salaires impayés, les journées de travail interminables, les retenues sur salaire, l’absence de congés payés, les conditions de travail indignes et l’exposition à des produits toxiques.  

L’absence de titre de séjour n’est pas seulement une fragilité administrative : c’est un véritable levier d’exploitation. Dans ce salon, les salariés dénonçaient des journées dépassant parfois douze heures, sans pause. La CGT a également dénoncé des pratiques d’extorsion, avec des sommes réclamées chaque mois.  

Malgré la violence de la situation, la mobilisation a été digne, joyeuse, humaine. Une grève qui tenue grâce à une détermination sans faille, mais aussi grâce la solidarité des habitants du quartier, des syndicats et des associations. 

C’est donc un immense soulagement. Pour elles d’abord, qui sortent enfin de l’incertitude, mais aussi pour toutes celles et ceux qui se battent contre la surexploitation des travailleuses et travailleurs sans papiers.

Cette bataille n’est pas terminée. Le prochain enjeu sera la récupération des salaires dus, faire reconnaître l’ensemble des préjudices subis et obtenir que les responsabilités pénales soient pleinement établies.

Ce combat rappelle aussi l’histoire plus ancienne de la grève des ex-salariés du « 57 », autre salon du boulevard de Strasbourg, qui avaient obtenu en 2014 des contrats de travail après plusieurs semaines de grève pour salaires impayés.

Plus de dix ans après, les mêmes mécanismes d’exploitation réapparaissent. Il faut donc tirer toutes les leçons de cette victoire. Le maintien de travailleuses et travailleurs dans une précarité administrative est une impasse. Ce qui protège contre l’exploitation, ce sont les régularisations, outil de justice sociale. C’est l’accès aux droits, la possibilité de se défendre, de porter plainte, de se syndiquer, de réclamer son salaire et de ne plus dépendre du bon vouloir d’un patron.