Ce lundi 6 juillet, nous examinions en séance la motion de censure, déposée par le groupe Écologiste et Social et votée par les députés insoumis et 20 députés socialistes, pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement à l’aune des nombreuses canicules qui frappent notre pays, fragilisent et tuent les plus fragiles et inquiètent tous nos concitoyens. Elle n’a pas été adoptée, certes, mais je veux en re défendre ici la pertinence.
Contrairement au Covid, qui avait conduit l’exécutif à inventer des dispositifs ad hoc pour faire face à l’inédit – la propagation fulgurante d’un virus mondial – l’impréparation du gouvernement aux pics répétés de chaleur est inexcusable.
Tout avait été annoncé : les symptômes, les effets et les conséquences. Chercheurs, scientifiques… et bien entendu les écologistes depuis des décennies. C’est même en France qu’une COP (la 21ème) avait sonné le tocsin mondial contre le réchauffement planétaire. Las, Macron s’est endormi sur l’alarme. Pire, ses gouvernements ont scrupuleusement saboté tous les outils et ingrédients utiles à la résilience et aux transitions : le fonds Vert est passé de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions dans le budget 2026, et en pleine vague de chaleur, un coup de rabot supplémentaire de 162 millions d’euros est annoncé. MaPrimeRénov’, destiné à la rénovation thermique de l’habitat, a été freiné au moment où il fallait l’accélérer.
Irresponsables, les réactionnaires partisans acharnés de l’économie carbonée ont même mis en œuvre une offensive rhétorique fortement relayée par les médias, allant jusqu’à accuser les écologistes d’être responsables du retard du pays. En ce moment Orwellien, il semble si facile d’inverser toutes les évidences…
À mes yeux, la sanction relevait autant de la conviction que de la responsabilité, ce que ma collègue Marie-Charlotte Garin, qui avait été désignée par mon groupe pour expliquer notre motion de censure, a parfaitement illustré.
À un an de l’élection présidentielle, faire tomber un gouvernement dont l’inaction depuis dix ans a été moult fois prouvée et dont la responsabilité a été mise en cause au moins autant, aurait permis un changement de paradigme pour tout le pays. Il aurait été historique que l’inaction climatique engendre véritablement, sensiblement, concrètement des conséquences pour la responsabilité politique des ministres de Lecornu. Et dans l’opinion.
Car on aurait pu imaginer qu’une telle censure influence le débat public dans le sens de l’urgence climatique et de la nécessité d’agir. Qu’en aurait-il été du budget, qu’en aurait-il été des débats de la présidentielle, sur quelle base aurions-nous pu poser des accords pour les prochaines législatives ? Précisément celles-ci, ces bases, ce pacte pour une gauche résolument écologiste et inclusive et pour une action franche, coordonnée des forces politiques vers l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens à l’aune de ce grand bouleversement. Pour la préservation du vivant, pour le droit à la fraîcheur, pour la transition des entreprises, pour les énergies renouvelables. Autant de choses qui unissent la gauche et les écologistes depuis plus de vingt ans. Déjà, entre le congé climatique et le droit de retrait proposé par les écologistes, les rénovations bâtimentaires portées par des socialistes et la proposition des 6 ecoregions mises sur la table par les insoumis, il y a de quoi convaincre. De ce côté, c’est du solide.
Sur ce sujet, la gauche et les écologistes sont unis et il n’y a pas plus urgent que de mettre des moyens conséquents face au plus grand péril de notre siècle, aux accapareurs et aux pollueurs, pour la défense d’une écologie populaire.
Cette motion de censure avait aussi pour vocation de montrer que la gauche a encore des espaces de conciliation forts et qu’elle est prête à gouverner sur d’autres bases, en opérant une bifurcation radicale. J’avais demandé que l’on ne blâme pas les socialistes pour leur non censure d’octobre 2025 ; comment cette fois accepter qu’une majorité d’entre eux ne mènent pas cette bataille ?
On nous dit que « cela ne sert à rien » (sic). Passons sur l’argument qui frise le nihilisme parlementaire. J’ai entendu d’autres arguments plus consistants et je veux bien y répondre sans naïveté :
- Emmanuel Macron aurait-il nommé un gouvernement “plus écolo’” : nous n’aurions pas eu la crédulité de penser que Cyril Dion devienne Premier ministre, en revanche si le Président de la République a déjà fait la démonstration de son refus d’être responsable, la question climatique devenait un critère gouvernemental. Autrement dit, on dirige le spectre sur notre terrain de jeu ;
- “Proposer une censure, c’est se remettre dans la main du RN”. Et pourquoi ? On ne sait toujours pas, à la veille d’un procès pour corruption de sa cheffe, comment l’extrême droite devenait une solution…
Certes rien n’est définitif et je reste persuadé que gouverner demain signifiera gouverner en coalition avec toutes ces approches, des plus conséquentes aux plus modérées. Par nécessité plus que par désir. Encore faut-il que ces dits « modérés » aient une feuille de route qui sorte de l’évocation creuse de mots. « Europe » ; « Démocratie » ; « France » ; « Écologie ». Mais encore ?… On attend toujours.
Pour l’heure, dire que le gouvernement peut continuer à gouverner si mal en attendant la catastrophe, qui est déjà là, est une faute politique. Nul doute que les non censeurs de gauche avaient des doutes sincères ou même ressentaient une forme de fatigue parlementaire qui se confond de plus en plus avec un aquoibonisme paralysant. D’ailleurs. Ils risquent bien de rester sur place.
Et l’urgence de tout le reste devient plus urgente encore…
